La Montagne de l’âme, de Gao Xingjian

Traduit du chinois par Noël et Liliane Dutrait, aux éditions de l’Aube

 

En ce moment je suis en train de lire trois bouquins à la fois : « La Tour de Babylone », de Ted Chiang, « les Veilleurs de Sangomar », de Fatou Diome, et « La Montagne de l’âme », de Gao Xingjiang. Je voudrais vous parler un peu de ce dernier livre.

 

C’est un roman fascinant à bien des égards. Déjà, pour commencer, il n’y a pas d’intrigue, en ce sens qu’il n’y a pas de construction narrative reposant sur une logique de causes à effets qui s’intriquent pour créer un fil directeur, ou une dynamique de lecture. Non, si je devais décrire ce livre, je dirais que c’est une pérégrination sinueuse dans une Chine à la fois intime et universelle, entre fantasme et réalité, dans une sorte de va et vient permanent entre les impressions du narrateur et ses observations. Les rêves se confondent avec les événements qui marquent son voyage, la description de sites géographiques ou culturels, les marques qu’y ont laissée l’histoire, les rencontres réelles ou imaginaires, les légendes, anecdotes et l’observation de mœurs. La présentation qu’en fait l’éditeur en quatrième de couverture parle de « grand roman de la sinitude », et je partage cet avis. Ce roman est proprement géant. Il n’est pas forcément facile à lire, il faut accepter de se laisser bercer, sans crainte de s’attarder dans ses méandres étranges, et sans vraiment avoir d’idée précise de sa destination. C’est à mon sens la définition même du voyage, au sens le plus noble. Un voyage qui vous fera découvrir une Chine fabuleusement riche et contrastée, empreinte de mélancolie, sans doute, mais aussi d’une vitalité extraordinaire et d’une profonde beauté.

 

Une citation : « Que puis-je faire du reste de ma vie ? C’est la question que je me pose en écoutant dans la nuit calme le son diffus des eaux du fleuve. Aller ramasser au bord de l’eau les poids des filets qu’utilisaient les pêcheurs de Daxi? J’ai déjà un galet creusé en son milieu à l’aide d’une hache de pierre. C’est un ami qui me l’a donné il y a deux jours, en amont, à Wanxian. Il m’a dit qu’à la saison des basses eaux, on peut en ramasser sur la berge. La vase s’accumule et le lit du fleuve s’élève d’année en année. De plus, on projette de construire un barrage à la sortie des gorges. Quand cette grande digue vaniteuse sera édifiée, la muraille de l’ancienne ville des Han sera submergée par les eaux. Quel sens aura alors la collecte des reliques du passé ? Je suis toujours à la recherche de sens, mais finalement qu’est-ce que le sens? Puis-je empêcher les hommes de construire ce barrage monumental tout en détruisant leur propre mémoire? »

Couv La Montagne de l'âme de Gao Xingjian

Partager l’article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email

restons en contact

bio

Après un passage convenu en prépa littéraire, j’ai étudié la photographie, les langues orientales et l’histoire de l’art, avant d’exercer divers métiers qui n’ont pour seule vocation que de nourrir ma passion pour le voyage. Je suis revenue à l’écriture après bien des détours et des chemins de traverse. Encore un moyen, pour moi, d’explorer les territoires de nos émotions et de nos rêves. La mémoire, la transmission, la culture et l’identité, le rapport à l’autre et à la nature sont autant de thèmes que j’explore à travers le prisme de la science-fiction.
 
Mon roman Quitter les monts d’Automne (septembre 2020, Albin Michel), a reçu le prix Rosny Aîné et a été nominé au Grand Prix de l’Imaginaire et au prix Utopiales.
 
Je suis aussi l’autrice d’une trentaine de nouvelles, dont « Pour une simple étincelle d’amour », 3ème prix au concours Visions du Futur 2016 et « La cloche, hasta siempre ! », 1er prix au concours Visions du Futur 2018.