Journal de nuit, de Jack Womack, chez Folio SF

Lola Hart est une jeune adolescente New Yorkaise qui vit dans les beaux quartiers, non loin de Park Avenue. Pour ses douze ans, elle reçoit un journal intime, qu’elle prénomme Anne – et l’on pense tout de suite au journal d’Anne Frank, une lecture qui m’a d’ailleurs beaucoup marquée lorsque j’avais, justement, à peu près leur âge.

 

Tout paraît normal, dans la vie de Lola. Elle fréquente une école privée huppée, ses parents viennent de renvoyer la bonne, ce qui a libéré une pièce et ne l’oblige plus à partager sa chambre avec sa petite sœur. Ses préoccupations sont celles d’une jeune fille de son âge.

 

Et puis… petit à petit, la réalité s’invite dans cet univers surprotégé. Son père, scénariste, n’a plus de contrat. Sa mère, professeur d’anglais, perd son travail. Très vite, c’est la dégringolade, et la famille se voit contrainte de déménager aux portes de Harlem. Lola doit s’adapter, se faire de nouvelles amies… Amitiés très vives, qui marquent aussi son éveil à l’amour. Et à l’ostracisme social qu’ elle subit désormais dans son école s’ajoute celui, insidieux, de l’homophobie.

 

L’histoire pourrait être celle, ordinaire, de la chute d’une famille et de la manière dont elle s’adapte à ses nouvelles conditions de vie. Et en un sens, ça l’est, sauf que l’Amérique où Lola grandit n’est pas tout à fait celle que nous connaissons. Par petites touches, elle nous raconte à sa façon un monde où la normalité côtoie la pire violence, et l’on devine peu à peu un pays en crise, un pays qui, en réalité, est en train de sombrer dans la guerre civile. En choisissant de nous le montrer à travers l’expérience de sa jeune héroïne, Jack Womack réussit à nous rendre la situation terriblement proche… intime, pour tout dire. L’effet est glaçant.

 

Paru au début des années 90, Journal de nuit est une dystopie qui donne corps à des frayeurs très actuelles.

 

Cette lecture fait partie de celles qui restent imprimées en moi. Je la rangerais bien aux côtés d’un autre roman tout aussi puissant, je pense à « La Route », de Cormac Mc Carthy (ce dernier met en scène un père et un fils qui tentent de survivre dans une Amérique post-apocalyptique).

Jack Womack

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bio

Je suis née au Japon en 1971, où j’ai passé une partie de mon enfance et de mon adolescence avant de rentrer en France pour mes études. Après un passage convenu en prépa littéraire, j’ai étudié la photographie, les langues orientales et l’histoire de l’art. J’ai ensuite exercé divers métiers, qui n’avaient pour seule vocation que de nourrir ma passion pour le voyage ou la danse. Après quoi, j’ai posé mes valises et repris des études par correspondance, dans un tout autre domaine. L’écriture est revenue à moi bien plus tard, par la grâce d’une rencontre au bord de la mer d’Iroise.

 

J’écris essentiellement de la SF et du Fantastique.

Mon premier roman, Les Oubliés d’Ushtâr (Nats éditions, mai 2018) a été nominé au prix Rosny aîné 2019. Mon second roman, Quitter les monts d’Automne (Albin Michel, septembre 2020), a reçu le prix Rosny aîné 2021 et a été sélectionné pour les prix Imaginales des Bibliothécaires 2021, le Grand Prix de l’Imaginaire 2021, ainsi que le Prix Utopiales 2021.

 

J’ai également publié de nombreuses nouvelles dans divers recueils et fanzines.  Mes nouvelles La cloche, hasta siempre ! et Pour une simple étincelle d’amour ont toutes deux été primées aux concours Visions du Futur.